Nouvelle année, nouveau cap : 7 décisions stratégiques pour les entreprises familiales
Chaque mois de janvier, les dirigeants d'entreprise familiale promettent de lever le pied, d'améliorer la rentabilité ou de mieux préparer la transmission. Et puis le quotidien rattrape tout. Cet article assume une idée simple : transformer ces vœux flous en décisions stratégiques concrètes, chiffrées et datées.
Pourquoi les bonnes résolutions des dirigeants explosent en vol
On connaît tous le scénario. Vous revenez des fêtes, gonflé de bonnes intentions : plus de recul, moins d'opérationnel, plus de temps pour la famille. Et dès le 15 janvier, le feu a repris dans tous les coins de l'entreprise.
Ce n'est pas une question de volonté. C'est une question de système. Dans la plupart des PME familiales que nous accompagnons chez EMCW, le dirigeant reste le pompier en chef, celui qui concentre décisions, relations clients clés, arbitrages financiers et gestion des tensions familiales. Autant dire que la moindre résolution sans changement structurel est condamnée à mourir avant l'Épiphanie.
Or, les chiffres sont têtus : selon l'Insee, près d'un tiers des PME françaises disparaissent ou sont vendues à l'extérieur au moment de la succession, faute d'anticipation. Derrière ces statistiques, on retrouve souvent la même logique : aucune décision ferme n'a été prise assez tôt.
Décision n°1 - Formaliser enfin un cap écrit à 3 ans
Vous avez "le cap dans la tête" ? C'est précisément le problème. Tant que la vision reste verbale, elle se dilue, se contredit, dépend de votre humeur du jour.
Un exercice à faire avant la fin janvier
Réservez deux demi‑journées, hors de vos locaux, avec 3 à 6 personnes clés de l'entreprise (famille et non famille). Objectif : écrire noir sur blanc, sur deux pages maximum :
- où doit être l'entreprise dans 3 ans (CA, rentabilité, organisation, positionnement)
- ce que vous ne voulez plus (types de clients, de contrats, de modes de fonctionnement)
- les 3 risques majeurs qui pourraient casser ce projet
Ne cherchez pas le document parfait. Cherchez la clarté. Vous pourrez ensuite l'intégrer dans une démarche plus structurée de vision et plan d'action.
Décision n°2 - Sortir le dirigeant de 30 % de l'opérationnel
La promesse peut paraître ambitieuse, presque provocatrice. Pourtant, dans nos diagnostics, nous retrouvons presque systématiquement au moins 30 % de temps gaspillé dans l'agenda du dirigeant.
Cartographier sans complaisance votre semaine type
Pendant 15 jours, notez tout ce que vous faites, par tranches de 30 minutes. Puis classez chaque tâche dans 4 catégories :
- Ce qu'il faut vraiment que je continue de faire moi‑même
- Ce que je pourrais déléguer en 3 mois
- Ce que je devrais arrêter purement et simplement
- Ce qui n'existe pas encore mais qui serait stratégique (temps de réflexion, rencontres, structuration)
La plupart des dirigeants que nous accompagnons à Paris et en régions sortent de cet exercice un peu sonnés. Ils découvrent que des tâches à faible valeur (micro‑arbitrages RH, devis à faible montant, mails inutiles) dévorent leurs journées. C'est le point de départ pour reconstruire un agenda aligné avec vos enjeux de gouvernance et de pérennité.
Décision n°3 - Cadrer la place de la famille dans l'entreprise
Janvier est souvent le mois où les sujets qui fâchent remontent : un enfant qui veut "voir autre chose", un frère qui s'épuise, une sœur qui demande plus de reconnaissance. On laisse traîner, par peur de casser la dynamique. Mauvaise idée.
Mettre des règles écrites sur la table
Une entreprise familiale sans règles explicites finit presque toujours par fabriquer des injustices ressenties. Pas forcément réelles, mais ressenties. C'est largement suffisant pour fragiliser une transmission d'entreprise familiale.
Travaillez au minimum sur :
- les critères d'entrée d'un membre de la famille dans l'entreprise
- les conditions de sortie (y compris volontaire)
- la politique de rémunération et de dividendes
- les rôles respectifs opérationnels / capitalistiques
Il existe des ressources utiles, notamment les guides de Bpifrance Création, mais l'enjeu est autant émotionnel que juridique. C'est précisément là que l'accompagnement externe prend tout son sens.
Décision n°4 - Mettre la trésorerie au centre de la table
"Ça ira, comme chaque année" : phrase dangereuse. 2025 a déjà confirmé la tendance : pression sur les marges, coûts salariaux en hausse, incertitude géopolitique. C'est le moment d'arrêter de piloter la trésorerie à l'instinct.
Un plan de trésorerie à 12 mois, pas plus compliqué que ça
Vous n'avez pas besoin d'un ERP dernier cri. Un tableau simple, mis à jour tous les mois, peut suffire :
- entrées prévues par grands types de clients et contrats
- sorties fixes (salaires, loyers, crédits) et variables
- 3 scénarios : réaliste, prudent, stress
Ce qui compte, ce n'est pas la précision au centime près, c'est votre capacité à voir venir les murs à 6 ou 9 mois. Et à décider tôt. Pour certains de nos clients, ce simple outil a permis de sécuriser une phase clé de croissance externe ou de préparation à la transmission.
Décision n°5 - Professionnaliser les réunions familiales de gouvernance
Dans beaucoup d'entreprises familiales, ce qu'on appelle "comité de direction" ressemble davantage à un repas de famille prolongé : des sujets qui se croisent, des décisions floues, des comptes rendus inexistants.
Instaurer un vrai rituel de gouvernance
Décidez dès maintenant que, 10 fois par an, vous aurez une réunion de gouvernance structurée, avec :
- un ordre du jour écrit et envoyé 48 h avant
- 3 à 5 indicateurs suivis systématiquement (rentabilité, trésorerie, RH, satisfaction client)
- des décisions formalisées, avec responsables et dates
- la présence, quand c'est sain, d'un regard externe (conseiller, coach, expert)
Ce changement a souvent un effet collatéral très positif : il apaise la relation familiale, chacun sachant où et quand les sujets se traitent. Et il prépare naturellement la mise en place d'une gouvernance plus robuste le jour où vous passerez le relais.
Décision n°6 - Nommer un successeur... même si vous n'êtes pas prêt à partir
C'est LE tabou. On reporte, on bricole, on met plusieurs personnes "en observation". Résultat : tout le monde est dans le flou, y compris les équipes clés et les partenaires financiers.
Un nom, une trajectoire, un calendrier indicatif
Nommer un successeur potentiel ne veut pas dire lui remettre les clés dès demain. Mais cela change la dynamique : vous pouvez organiser la montée en compétences, la transmission progressive des dossiers, le travail sur le leadership, comme nous le décrivons dans plusieurs de nos articles d'actualités.
Dans les familles que nous accompagnons, ce choix assumé à l'avance diminue considérablement les tensions intergénérationnelles. Les autres membres savent à quoi s'attendre et peuvent construire leur propre trajectoire, dans ou hors de l'entreprise.
Décision n°7 - Investir sérieusement dans votre qualité de vie
Ce point, on le laisse toujours pour la fin, comme un luxe. Pour moi, c'est une erreur stratégique. Un dirigeant épuisé prend de mauvaises décisions, s'enferme dans le court terme, nourrit les conflits familiaux.
Programmer des limites non négociables
Fixez par écrit :
- un nombre maximum d'heures de travail par semaine
- au moins un jour complet sans mails ni appels professionnels
- 2 ou 3 temps forts annuels de recul (séminaire interne, coaching, retraite stratégique)
Et surtout, faites‑vous accompagner pour tenir ces engagements. Chez EMCW, nous voyons trop de dirigeants parisiens ou de province qui n'osent même plus imaginer qu'une autre vie est possible. Or, c'est souvent en rééquilibrant leur temps de vie que les meilleurs déclics business apparaissent.
Actualité 2025 : un environnement qui ne pardonne plus l'improvisation
Les derniers baromètres Bpifrance et Medef sur les PME familiales montrent une accélération des transmissions et cessions depuis 2024, portée par le vieillissement des dirigeants et les incertitudes macroéconomiques. Ceux qui improvisent leur succession ou leur gouvernance arrivent en position de faiblesse dans les discussions avec les banques ou les repreneurs.
À l'inverse, les entreprises qui ont posé, parfois brutalement, ce type de décisions structurantes dès le début d'année présentent une meilleure valorisation, un climat social plus stable, et surtout un dirigeant qui n'a plus cette boule au ventre permanente.
Par où commencer concrètement dès cette semaine ?
Si vous deviez ne choisir que trois actions dans cet article, je vous proposerais :
- Bloquer deux demi‑journées en janvier pour écrire votre cap à 3 ans
- Lancer immédiatement la cartographie de votre agenda sur 15 jours
- Planifier une première vraie réunion de gouvernance avec ordre du jour structuré
Vous pourrez ensuite aller plus loin, par exemple via un rendez‑vous de diagnostic ou en explorant notre méthode d'accompagnement dédiée aux entreprises familiales. Le plus dur n'est pas de décider quoi faire. Le plus dur, c'est de décider que cette année, vous ne laisserez plus les choses se faire toutes seules.